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En soutien aux salles pendant leur fermeture, L’Agence du court métrage propose L’Extra Court, livré à domicile !

Du 20 au 27 janvier, découvrez gratuitement 5 films issus du catalogue de L’Extra Court, qui réunit plus de 200 films français et internationaux très courts (moins de 6mn pour la majorité).

 

Film 1 : THE DEVIL, un montage d’archives révolté de Jean-Gabriel Périot (8mn, France, 2012)

En deux mots

Violence, résistance, répression, organisation. Qui sont les Black Panthers ?

Un film fort qui questionne et donne des réponses.

Synopsis

“Vous ne savez pas qui nous sommes…”, lance d’emblée une femme d’origine afro-américaine. Un montage d’archives filmées et de photos retrace à la suite l’histoire des fameux Black Panthers, sur le rythme d’une musique post-punk.

Pour aller plus loin

On sait combien le réalisateur multi-talents Jean-Gabriel Périot, âgé de quarante-cinq ans, se passionne, depuis de nombreuses années, pour les archives visuelles et sonores, et plus largement pour l’Histoire. Il travaille ainsi sans relâche différents matériels documentaires, s’intéressant à toutes les zones géographiques et ayant déjà signé une vingtaine de courts métrages, mais aussi trois longs métrages (Une jeunesse allemande, Lumières d’été et Nos défaites, en salles à l’automne 2019), tant sur un registre de documentaire “pur” que dans celui de la fiction.

The Devil débute sur une revendication : “Vous ne savez pas qui nous sommes…”. Il s’agit de celle du mouvement de libération afro-américaine Black Panther Party, né en Californie en 1966 et qui s’est éteint en 1982. Ses deux membres fondateurs étaient Huey P. Newton et Bobby Seale, assassiné en 1989. Basé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, le mouvement mêlait le marxisme-léninisme, le maoïsme, l’anticapitalisme et le nationalisme noir. Des résonnances qui demeurent fortes aujourd’hui, en raison de la politique ultra nationaliste, protectionniste et pro-WASP menée par l’actuel 45e président des États-Unis Donald Trump, depuis janvier 2017.

En écho au combat au cœur des images, le titre éponyme The Devil du musicien français Boogers (pseudonyme de Stéphane Charasse) revient, tel un mantra, tout au long du film. Il fait partie de son album As Clean as Possible, sorti en 2010. Les uniques paroles scanent inlassablement : “If you Look upon my Face, You are Watching Now the Devil” (“Si tu regardes mon visage, tu peux voir le Diable”). Boogers avait déjà collaboré avec Périot sur un autre de ses courts : Entre chiens et loups (2008).

 

 

 

Film 2 : LUMINARIS, le film aux 324 prix de Juan Pablo Zaramella (6mn, Argentine, 2011)

Synopsis

Dans un monde dirigé et chronométré par la lumière, un homme ordinaire met en place un plan qui pourrait changer le déroulement normal des choses.

Pour aller plus loin

Réalisé en 2011, Luminaris a accompli au printemps 2018 un exploit peu banal, celui d’entrer dans le célébrissime Livre Guinness des records, au sein de la catégorie des films les plus primés de l’histoire à la faveur de ses 324 prix récoltés dans les festivals à travers la planète ! Un tel score impressionne et traduit parfaitement l’universalité de l’humour déployé par le cinéaste argentin Juan Pablo Zaramella au fil d’une singulière fable burlesque, véritable bijou de pixilation s’engageant peu à peu dans les pas du Chaplin des Temps modernes.

La lumière se situe au cœur du récit, dont l’inscription entre les murs d’une fabrique d’ampoules met à jour des logiques de productivité entravant l’être humain, jusqu’à ce qu’un grain de sable, bien sûr, rebatte les cartes. Et l’individu astreint à une tâche ingrate et mécanique se libère enfin.

De ce monde fantaisiste et nimbé de poésie, un registre de dystopie se profile, laissant entrevoir la rébellion qui saisit l’employé modèle, “souffleur” d’ampoules qui détourne dès lors son matériau de production – des billes gobées et mâchées comme des chewing-gums ! – pour mieux s’opposer à l’ordre établi et à son acariâtre contremaître. Les niveaux de lecture se démultiplient et l’amour triomphe, dans un univers volontiers “bricolé” qui évoque parfois – voir ce coton qui sort des oreilles pour exprimer la colère ! – la démarche d’un Michel Gondry et d’autres magiciens de l’image.

 

 

 

Film 3 : À LA FRANÇAISE, un film d’animation collectif d’une drôlerie ébouriffante (7mn, France, 2012)

Synopsis

C’est un après-midi à Versailles, du temps de Louis XIV.

Pour aller plus loin

Film d’école du MOPA, établissement issu de Supinfocom Arles et spécialisé dans l’animation 3D, À la Française témoigne de la maîtrise en la matière acquise par son quintet de jeunes étudiants-réalisateurs. Il prend aussi par son titre valeur de signe de reconnaissance de l’excellence des formations à l’animation dans l’Hexagone, reconnue jusque de l’autre côté de l’Atlantique, où le film a, du reste, été remarqué et récompensé.

Il paraît après coup évident de regarder les courtisans du Versailles de 1700 comme des volailles – le Roi-Soleil lui même n’était-il pas, dans le fond, un petit coq ? –, mais il fallait y penser et l’effet est assez irrésistible. La qualité du rendu des décors se marie à une explosion de couleurs pour faire se croiser quelques mini-intrigues gallinacées pas piquées des vers et aboutissant à une pagaille absolue dans le cadre de la Galerie des Glaces. Le tout sur une majestueuse partition de Lully immortalisée au cinéma par Tous les matins du monde d’Alain Corneau.

La réussite est ébouriffante et le film a été distribué en salles en 2015 au sein d’un programme pour jeune public intitulé Animaux farfelus.

 

 

 

Film 4 : MATILDA, une fable pour les tout-petits sur l’apprentissage de l’obscurité (Irène Iborra et Edouard Puertas Anfruns, France, 6mn30, 2018)

Synopsis

Matilda n’arrive pas à dormir, et joue avec sa lampe de chevet quand l’ampoule saute ! Matilda se retrouve dans le noir. Sa première frayeur passée, et grâce à sa lampe de poche, la petite fille se familiarise avec l’obscurité, et découvre peu à peu les charmes de la nuit…

Pour aller plus loin

L’achluophobie, autrement dit la peur de l’obscurité, reste une source intarissable de fiction. Dans le champ de l’animation, est sorti notamment en 2007 le long métrage collectif Peur(s) du noir, composé déjà de six courts métrages, où les dessins s’animent et illustrent les pires cauchemars. Qui dit peur dit solitude, en effet, car la fillette de Matilda doit affronter seule ses angoisses qui la submergent, malgré son environnement familier, ses doudous, et une présence parentale dans les pièces voisines.

Belle idée, souvent apanage des comédies en prises de vue réelle, le générique de fin propose en insert des images du making-of. Des partages du processus de fabrication, long et méticuleux travail de l’animation, ici de marionnettes et d’objets divers, dans le décor unique de la chambre de la petite fille, qui devient le terrain des ombres terrifiantes. On remarque notamment sur l’un des murs une affiche clin d’œil à Ma vie de courgette de Claude Barras.

Le duo espagnol de réalisateurs, Irene Iborra et Eduard Puertas, rend aussi hommage, à travers le titre du film, à une autre héroïne emblématique de l’imaginaire enfantin. La protagoniste du roman culte de l’auteur britannique Roald Dahl, Matilda, paru en 1988, est une gamine qui apprend elle aussi à dépasser ses angoisses et ses blocages.

 

 

 

Film 5 : JE TE TIENS, TU ME TIENS, une réjouissante confrontation de couples d’Éric Guirado (12mn30, France, 2015)

Synopsis

Deux couples de parents d’élèves ont décidé de faire connaissance : leurs enfants partagent la même école, mais eux pas du tout la même façon de vivre…

Pour aller plus loin

Tous les parents connaissent bien cette situation : son propre enfant trouve à l’école un(e) meilleur(e) ami(e) dont on se dit qu’il serait bien de rencontrer, autour d’un convivial apéritif, le papa et la maman. Or, on ne sait jamais, dans le fond, sur qui on va tomber…

Partant d’un tel cas de figure, Éric Guirado s’amuse à imaginer une confrontation aussi insolite que caustique entre deux couples aux différences détonantes et dont la belle entente se fissure rapidement, autour de la notion de jeu qui lie sans doute à l’inverse leurs respectives chères têtes blondes. Et une certaine folie s’installe vite, symptomatique de cette époque de la civilisation des loisirs…

Réalisateur d’expérience tant sur des formats courts que long, Éric Guirado est un excellent directeur d’acteurs et le quatuor qu’il a réuni (comprenant Sarah Suco, qui a aussi écrit le scénario du film) constitue l’atout principal d’une comédie saluée par les publics de plusieurs festivals. Les gens à l’apparence la plus cool ne le sont pas forcément, qu’on se le dise !